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À la une

Par Gilles Launay
Publié le 16.05.2019

La responsabilité populationnelle s’impose comme la nouvelle frontière des systèmes de santé. Inventée aux Etats-Unis il y a 15 ans, elle constitue un volet méconnu de l’Obamacare. S’agit-il d’une mutation dans la façon de traiter le maintien en bonne santé des personnes ? D’incitations à agir sur les déterminants de la santé des populations et pas seulement sur les maladies quand elles sont constituées ? De modifications dans la façon dont les acteurs de soins peuvent connaître les risques de leurs patients et agir précocement ? Gilles Launay, Directeur commercial Cerner France, parle de l’expérience de Cerner dans la mise en œuvre de la plateforme de responsabilité populationnelle HealtheIntent®.

En quoi l’approche populationnelle est-elle un changement majeur ?

Toutes les analyses de santé publiques convergent : la bonne santé d’une population tient moins aux soins proprement dits qu’à de multiples déterminants : la qualité de l’eau, celle de l’air (la médiocre qualité de l’air tue davantage que le tabac en Europe), l’alimentation, l’activité physique, le niveau d’information des personnes, etc. L’Université du Wisconsin a ainsi établi à partir d’une étude sur tous les comtés nord-américains la part jouée en matière de santé par ces facteurs. Or la plupart des Ministères de la santé dans le monde sont en réalité des Ministères… du système de soins. Les pays qui engagent des mutations dites populationnelles sont en rupture par rapport à cette approche historique. Ils appréhendent la question de la santé plus globalement. Ils favorisent la coordination d’initiatives locales qui améliorent vraiment la santé des personnes.

On pense à la prévention. S’agit-il d’intéresser les professionnels à promouvoir la prévention ?

Bien sûr. Mais la prévention, c’est assez vague. Nous sommes inégaux devant les facteurs de risques. Et par ailleurs, notre état de santé varie dans le temps. Pour chacun d’entre nous, il est donc opportun d’agir de façon spécifique et adaptée dans le temps. Améliorer la santé des populations ce n’est plus seulement lancer des recommandations de prévention de bon sens (« Faites 10 000 pas tous les jours » …), tous azimuts. Il est possible aujourd’hui de qualifier le risque santé de chacun et de jour en jour. La prévention moderne se veut personnalisée. Elle repose sur des informations récentes. La responsabilité populationnelle prend notamment la forme d’incitations à accomplir des actions de prévention personnalisées, fondées sur des informations fiables.

Pour les professionnels du soin, la responsabilité populationnelle requiert donc une connaissance plus complète de l’état de santé de leur patient ?

Oui. Mais les logiciels de gestion des cabinets médicaux, les DPI … ne couvrent qu’une partie des besoins. Il faut rassembler et exploiter des données du quotidien : le nombre de pas accompli chaque jour, le poids (pour un patient insuffisant cardiaque, son augmentation forte et rapide doit alerter), les valeurs biologiques représentatives de la stabilité d’une pathologie chronique, etc. Les politiques de responsabilité populationnelle conduisent à l’émergence de systèmes d’information dédiés à cette fin. Ils rassemblent les données disponibles (DPI, LGC, appareils personnels, labos de ville, etc.) et en restituent l’essentiel à tous les acteurs de la santé. Tendanciellement, un cercle plus large que celui des professionnels de santé. Le patient étant lui-même le premier bénéficiaire de la valeur ajoutée de ce système d’information.

Quels pays sont engagés dans cette évolution ? Quelles sont les raisons communes ?

L’impulsion a été donnée dans le continent nord-américain dans des contextes de systèmes de santé aux philosophies très différentes : les Etats-Unis et le Canada. Aujourd’hui des pays européens s’engagent dans cette rupture : Suède, Finlande, Grande-Bretagne notamment. L’Australie, Singapour et plusieurs pays de la péninsule arabique ont également franchi le pas. Il est intéressant de noter la similitude des objectifs (théorisés pas Don Berwick il y a 12 ans) et la disparité des modèles de départ. L’impasse de financement des systèmes de soins, les exigences accrues des personnes et la profusion des données qui permettent de mesurer un risque santé personnalisé sont les facteurs communs de cette évolution.

Quelle est l’expérience de Cerner en matière populationnelle ?

Plus de 150 réseaux de santé (GHT, cabinets de ville, services sociaux, ARS ou équivalents …) dans le monde utilisent le système d’information populationnel de Cerner HealtheIntent. Ceci représente plusieurs dizaines de millions de personnes. Les médecins en charge de ces personnes ont accès à des informations issues de la compilation en quasi temps réel de multiples sources de données. Elles sont référées aux recommandations des sociétés savantes propres à chaque pays. Elles attirent l’attention sur les situations qui méritent l’attention la plus urgente. Ce système d’information est également utilisé par les ARS (ou leur équivalent) pour orienter les actions dans les territoires et en mesurer les effets.